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  • Venus s’habille en léopard

    Venus s’habille en léopard

    1–2 minutes

    Hier soir, tard dans la nuit, j’ai fait une rencontre.

    Apparition furtive, nymphe catapultée sur terre par un Dieu capricieux, elle errait depuis trop longtemps dans un coin de ce globe bleu et hostile.

    Créature née du coït d’Amour et de Gaïa, ses parents l’avaient nommée Nathalie, ou bien Evelyne, ou bien ça n’a pas d’importance.

    Elle n’était autre que la réincarnation d’une déesse ancienne et oubliée, une Vénus du vingt-et-unième siècle que le patriarcat aurait poussée dans un tambour de machine à laver et forcée à voltiger, encore et encore, tel l’enfant capricieux réclamant un dernier tour de manège.


    C’est à la terrasse d’un bar que nos regards se sont croisés. Moi sirotant un cocktail chargé, deuxième verre déjà de trop ; elle éblouissante dans son collant léopard et sa veste en véritable cuir de plastique, tourbillonnant autour d’un pied de parasol, comme la pole danseuse s’élève au contact de la barre.  

    Un sourire, une voix qui me demande si ça va, une épaule effleurée, et elle s’est en allée. Mais dans cette question, ce sourire, cette caresse, un élixir bien plus puissant, deux mots en substitut à tous les mots du monde et un regard qui crie « je sais » et « je comprends ».

    Elle était belle, et forte, et apaisement ; son visage portait encore les marques d’une vie de colère.

    Elle m’a regardée comme on regarde une sœur. Elle m’a regardée comme on regarde une fille. Une toute petite femme reflétée dans l’iris de celle qui l’est déjà depuis si longtemps.

    Elle qui virevolte trop fort, toute en paillette pour tenter de retenir cette séduisante jeunesse, quand je la porte avec nonchalance, d’un air faussement négligé, avec l’œil fier de celle qui croit tout savoir et fait mine de tout contrôler.

    « Je sais et je comprends »

    Elle a su les doutes, et la tristesse, et la soif d’amour qu’on camoufle derrière la liberté. Elle a su la solitude. Elle a su la faiblesse.

    Alors elle m’a demandé si ça allait.

    J’ai répondu oui.

    Et c’est moi qui suis partie.    

  • Le paradoxe de la galette de riz

    Le paradoxe de la galette de riz

    1–2 minutes

    Manger une galette de riz, c’est s’offrir une absence : absence de goût, absence de plaisir, absence de culpabilité. La galette de riz ne possède rien et c’est précisément pour cela qu’on la choisit.

    Disque pâle, poreux et aérien, qui crisse sous la dent et disparaît en bouche, la galette de riz ne flatte ni le palais ni l’odorat ; elle ne procure aucun frisson de gourmandise, aucune satisfaction immédiate. Elle est, en somme, l’incarnation du néant culinaire.

    Pourtant, dans son vide absolu, elle nourrit bien plus qu’on ne l’imagine : elle entretient l’illusion du contrôle, la peur du plaisir, et le fantasme absurde d’un acte sans conséquence. On la croque pour oublier qu’on a faim, on l’encense pour oublier qu’elle est ultra-transformée, et on la chérit pour oublier qu’elle nous frustre.

    Au fond, on ne l’aime pas… et c’est bien pour ça qu’on la mange. Car la galette de riz ne se mange pas pour être aimée : elle se mange pour ne pas être haïe. Non soumise à la pulsion passionnelle, la galette de riz nous redonne le pouvoir : celui de faire sciemment le choix de la fadeur.

    Dans nos sociétés obsédées par la maîtrise du corps et la rationalisation du plaisir, l’acte de manger est devenu un champ de bataille où s’affrontent envie et culpabilité. Chaque bouchée doit désormais être justifiée.

    Face à cette angoisse moderne, la galette de riz s’érige en solution miracle. Elle ne promet ni joie ni délice, mais une absence de remords. Vous voulez manger sans conséquence ? Vous voulez tromper la faim sans la combler ? La galette de riz est votre alliée. Car si elle n’a rien pour plaire, c’est précisément dans ce néant que naît son succès.