Ou l’art de faire de l’absence un argument marketing
Manger une galette de riz, c’est s’offrir une absence : absence de goût, absence de plaisir, absence de culpabilité. La galette de riz ne possède rien et c’est précisément pour cela qu’on la choisit.
Disque pâle, poreux et aérien, qui crisse sous la dent et disparaît en bouche, la galette de riz ne flatte ni le palais ni l’odorat ; elle ne procure aucun frisson de gourmandise, aucune satisfaction immédiate. Elle est, en somme, l’incarnation du néant culinaire.
Pourtant, dans son vide absolu, elle nourrit bien plus qu’on ne l’imagine : elle entretient l’illusion du contrôle, la peur du plaisir, et le fantasme absurde d’un acte sans conséquence. On la croque pour oublier qu’on a faim, on l’encense pour oublier qu’elle est ultra-transformée, et on la chérit pour oublier qu’elle nous frustre.
Au fond, on ne l’aime pas… et c’est bien pour ça qu’on la mange. Car la galette de riz ne se mange pas pour être aimée : elle se mange pour ne pas être haïe. Non soumise à la pulsion passionnelle, la galette de riz nous redonne le pouvoir : celui de faire sciemment le choix de la fadeur.
Dans nos sociétés obsédées par la maîtrise du corps et la rationalisation du plaisir, l’acte de manger est devenu un champ de bataille où s’affrontent envie et culpabilité. Chaque bouchée doit désormais être justifiée.
Face à cette angoisse moderne, la galette de riz s’érige en solution miracle. Elle ne promet ni joie ni délice, mais une absence de remords. Vous voulez manger sans conséquence ? Vous voulez tromper la faim sans la combler ? La galette de riz est votre alliée. Car si elle n’a rien pour plaire, c’est précisément dans ce néant que naît son succès.

